L'histoire d'un honnête homme victime d'un préjudice et d'une femme qui comptait des oiseaux
Publié le 20 Septembre 2013
Michael Kohlhaas,
Arnaud des Pallières,
France - Allemagne,
2013,
Les Films du Losange
Le dernier film de Arnaud des Pallières, visionné au superbe cinéma indé Ciné 32 à Auch dans les Gers.
Le réalisateur, connu pour avoir filmé en 1988 une conférence ou Gilles Deleuze aborde l'acte de création, il réalise ensuite quelque courts métrages puis moyens métrages et notamment trois film, Drancy Avenir (1996) ; Adieu (2004) film à caractère politique qui traite de l'indifférence et Parc (2009), une adaptation libre du romain américain de John Cheever, Les lumières de Bullet Park, sorti en 1969, où l'auteur dépeint non sans une certaine amertume critique les micro sociétés que forment ces citoyens agglutinés dans des résidences sécurisés, où rien ne semble dépasser.
Il revient en 2013 avec cette nouvelle adaptation du texte de Heinrich Von Kleist, dont il dit avoir toujours désiré retranscrire au cinéma cette histoire de révolte.
Une révolte donc, celle de Michael Kohlhaas, une noble éleveur de chevaux qui, victime de l'impétuosité cruelle du baron du coin, décide de lever une fronde au nom de l'honneur et de sa dignité. Au passage, Michael Kohlhaas passe par les voies officiels et porte plainte. Plainte qui s'égarera en chemin…
Je retiens de ce film plusieurs choses.
La première, le dépouillement austère et non moins saisissant de la réalisation. Filmé au coeur des Cévennes, la production est minimal. Les pierres rocailleuses, la brume et le vent, les arbres suffisent à poser le décor. Au milieu de cette lande magnifique et pourtant terrible les acteurs évoluent et l'on est subjugué par le réalisme sans pareil d'Arnaud des Pallières. En plus de l'image il y a le son. Le vent souffle et les bruits des sabots, lourdes portes et autres tissus froissés sont juste là.
Après, et je ne serai pas la seule mais ce n'est pas grave, il faut noter la performance de Mads Mikkelsen, l'acteur danois au beau CV ! C'est, à l'image du film, obscur et profond. Magistral. Il a quand même appris le français et mis bas à une jument !
Nous pouvons aussi parler de Denis Lavant, le théologien, inspiré de Luther et de Calvin, qui au départ devait interpréter le rôle de César le valet. Au final, il maginifie ce rôle en l'espace des 20 minutes où il apparaît : la froide puissance de sa parole fait basculer Kohlhaas vers son dénouement fatal dixit Arnaud des Pallières.
Mention spéciale, parce que son apparition est drôle, à Sergi Lopez, paysan manchot espagnol.
Enfin, cette histoire est celle d'une justice qui ne mène à rien et Michael Kohlhaas est comme pris à son propre piège. Réclamant son dû auprès de la reine, il finit par l'obtenir, oui, mais au mérite d'une ostracisation qui vaut au film la scène final, lente froide et belle, malgré le ton grave. Elle est digne, à l'image du personnage.
Arnaud des Pallières, Denis Lavant, Roxanne Duran, Mélusine Mayance, Mads Mikkelsen, Delphine Chuillot, Amira Casar et Sergi Lopez
Claudie Gallay, Les déferlantes
Après l'anse, les falaises étaient plus abruptes. La bruyère devenait noire. C'est là que venaient brouter les chèvres de la lande, elles étaient une dizaine, à vivre sans cordes ni clôtures. des bêtes aux poils longs et noirs. Les jours de pluie, elles se plaquaient contre les rocher ou s'abritaient contre des grottes. Le Nez des Voidries était un endroit de niche pour les faucons pèlerins, il m'était arrivé d' apercevoir là quelques grands corbeaux. L'accès au domaine était difficile.
J'avais pris un jambon-beurre, je l'ai mangé, affamée. Les cormorans pêchaient. J'ai passé la journée à les observer. J'ai tout noté.
Une fauvette solitaire veillait près de moi, repliée sur son nid.
Avant de partir, je me suis couchée, le ventre contre la terre. Des mousses rases étaient accrochées aux rochers. L'humus sentait fort, une odeur indéfinissable qui était un mélange de sel, d'algues pourries et de poissons morts.
Je me suis souvenue, quand je me couchais sur ton corps. Et ton corps, sur le mien. Ton poids, tellement lourd. J'aimais ça, ton poids sur moi. Le dernier jour, tu as glissé ta main sur ma joue, cette main tellement large qu'elle me contenait tout entière. Tu as voulu parler. Tu n'as pas pu.
Une femme, au triste passé, effectue des prélèvements auprès des oiseaux à La Hague. Elle rencontre Lambert, un homme étrange et solitaire, revenu ici sur les lieux de son enfance. Son passé est lourd à lui aussi alors elle décide de l'aider.
Le livre commence et se termine sans que l'on en sache plus que ça sur la narratrice. Bien sûr j'ai appris à la connaître et elle nous invite dans cet univers assez froid et humide, venteux de la Manche.
Les déferlantes se lis d'une traite. Il y a cette envie de vite vite de mettre au lit le soir (ou de rester dans le tram deux arrêt de plus) et de poursuivre cette (en)quête. Et j'aime cela.





